17 Avril 2020

[COVID-19] LE CNES SOLIDAIRE DU MONDE HOSPITALIER

Sollicité par des médecins-réanimateurs, le CNES a soumis pour homologation un tube en Y qui pourrait doubler le nombre de respirateurs dans le monde entier. D’autres initiatives concrètes pour aider les hôpitaux et les soignants dans la lutte contre l'épidémie de COVID-19 ont vu le jour à Toulouse et Kourou.
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Crédits : Sturti.

 

Dans la lutte contre l’épidémie du COVID-19, toutes les entreprises et organisations qui le peuvent tentent d’apporter leur pierre à l’édifice. Le CNES ne fait pas exception. Après avoir donner ses masques, blouses et lunettes de protection à des hôpitaux, l’agence spatiale française apporte son expertise en ingénierie et en logistique ainsi que les moyens de production du Centre spatial guyanais pour répondre à des problèmes concrets. 

Des tubes en Y pour doubler le nombre de respirateurs

A la demande de médecins-réanimateurs de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, le CNES a mobilisé une équipe d'ingénieurs de type FabLab pour réfléchir aux moyens de pallier le manque de respirateurs en soins intensifs. « Au départ, on pensait concevoir des respirateurs mais on s’est rendu compte qu’un respirateur, c’est très compliqué, et qu’il y avait beaucoup d’initiatives — notamment du côté des constructeurs automobiles — pour en produire. On est alors partis sur une idée toute simple, également testée par d'autres dans le monde : pourquoi ne pas alimenter 2 patients – aux mêmes capacités respiratoires – avec un seul respirateur grâce à des diviseurs de flux ? » explique Eric Boussarie, sous-directeur de l’unité « Préparation du futur » au CNES. 

Sur leurs temps libres, 3 ingénieurs – l'un expert de l'observation de la Terre, l'autre des systèmes informatiques complexes, le dernier des radiofréquences – ont fabriqué sur des imprimantes 3D, dans leurs garages toulousains, les 1ers protoypes de tubes en suivant les conseils des médecins. Envoyés à la Pitié-Salpêtrière, les prototypes ont été validés sur des poumons artificiels. Le 07/04/2020, le CNES a activé une procédure accélérée mise en place par l’Etat dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 et soumis ses 2 modèles de diviseurs de flux (version en Y et version trident) pour homologation au comité d’expertise CARE présidé par Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel pour ses travaux sur le VIH. Cette homologation est essentielle car ces tubes en Y seront reliés à des dispositifs vitaux.

 L’avantage de ces diviseurs de flux est que n’importe quelle entreprise ou personne équipée d’une imprimante 3D peut en fabriquer.

La matière première est facilement disponible et le CNES proposera les plans en accès libre si CARE donne son feu vert. Une imprimante 3D peut en fabriquer environ 25 par jour !

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Forme “trident” capable d’alimenter en oxygène 3 patients en même temps. Crédits : CNES.

Ces diviseurs de flux d’air en Y ont été fabriqués à partir de PETG (polyéthylène glycol), un plastique pouvant être stérilisé. Crédits : CNES.

 

Eric Boussarie, sous-directeur de l’unité « Préparation du futur » au CNES. Crédits : CNES/LECARPENTIER Lydie, 2018.

Des pousses-seringues pour alimenter les patients en coma artificiel

Toujours sous la supervision de médecins de la Pitié-Salpêtrière, le CNES a conçu des pousses-seringues simplifées pour répondre à la crainte des hôpitaux d'en manquer. Ces pousse-seringues sont indispensables pour maintenir en vie et en coma artificiel les personnes placées sous assistance respiratoire. Six sont nécessaires par patient afin d’administrer une substance nutritive (du glucose), une substance hydratante, un médicament, un anesthésiant… Ni une, ni deux, l'équipe FabLab du CNES a conçu des pousses-seringues « low tech » pour administrer des produits non vitaux.

Tout comme les diviseurs de flux, ces prototypes ont été soumis le 07/04/2020 à CARE pour homologation. Leur production en petite série  pourrait toutefois être limitée par la disponibilité des composants électroniques qui ne sont plus produits en France. « Contrairement aux tubes en Y, ces pousse-seringues ne peuvent pas être fabriqués avec une imprimante 3D. Nos partenaires industriels sur Toulouse — Erems, Comat et Soterem — sont prêts à les produire bénévolement si on a le feu vert de CARE. Mais nous ne pourrons en produire dans un 1er temps qu’une quantité très limitée, une centaine tout au plus à partir des stocks disponibles, car certains composants sont fabriqués en Chine, avec un délai de 6 à 8 semaines de livraison » souligne l’expert du CNES. « Mais tout cela est très évolutif. »

Dans leur principe, les pousses-seringues sont semblables aux pistolets à silicone. Crédits : CNES.

Ils sont équipés d’une mécanique et d'une électronique qui assurent leur fonctionnement de manière autonome avec un débit bien contrôlé. Crédits : CNES.

SOUTIEN LOGISTIQUE en GUYANE pour la distribution de masques

L'Agence régionale de santé (ARS) de Guyane a sollicité le CNES pour son expertise en logistique et la distribution de masques vers l'ensemble des acteurs de la santé et médico-sociaux : les hôpitaux, les pharmacies, la Croix Rouge, les EHPAD, les maisons d'accueil spécalisées, les pompiers, les PMI (protections maternelles infantiles)... 

La logistique fait partie intégrante des campagnes satellite et lancement

Pour la situation actuelle, le principe reste le même mais ici à une toute autre échelle que celle du centre spatial guyanais : garantir le meilleur flux logistique sur tout le territoire guyanais » explique Thierry Vallée, sous-directeur établissement de l'ensemble de lancement d'Ariane-6. 

Concrètement, depuis le 08/04/2020, le CNES a mis à disposition de l'ARS un chauffeur-manutentionnaire et le camion d'un de ses contractants, Peyrani, afin d'assurer les distributions des grosses quantités de masques qui nécessitent un volume de transport important. « Notre dispositif vient en support à l'entreprise privée de Cayenne mandatée par l'ARS pour ces distributions. Il est mis en place à petite échelle, mais ce soutien pourra être élargi si la situation le demandait » précise Thierry Vallée.

Thierry Vallée, sous-directeur établissement de l'ensemble de lancement d'Ariane 6, membre de la cellule de crise du CNES au CSG.

Livraison de masques. Crédits : CSG-CNES.

Production de gel hydro-alcoolique Au CEntre spatial guyanais

Alors que le Centre spatial guyanais a suspendu ses campagnes de lancement, son laboratoire d’analyses chimiques s’est adapté pour produire de la solution hydro-alcoolique. Cette production permet non seulement de garantir les conditions de travail des équipes qui veillent au maintien en conditions de la base de lancement, mais aussi de fournir du gel hydro-alcoolique aux autorités sanitaires et de sécurité de la Guyane. Cette action est à l’initiative Arianegroup et Arianespace qui mettent à disposition leur équipe du laboratoire d’analyses, ainsi que des matières premières. Elle implique également plusieurs entreprises du CSG. Le CNES fournit quant à lui l’alcool isopropylique, substance nécessaire à la production du gel.

Le saviez-vous ?

Air Liquide a une usine de production  implantée sur le Centre spatial guyanais (CSG) qui produit les gaz et fluides nécessaires aux activités de lancement, mais aussi habituellement de l’oxygène médicinal. Si la plupart des activités du CSG ont été suspendues, l’usine de production d’Air Liquide a maintenu son activité afin de fournir l'oxygène aux hôpitaux de Guyane, ainsi que les fluides essentiels aux installation du CSG. Merci !